Quand acheter des actions pendant une récession et au-delà : 4 indicateurs clés à suivre

Quand acheter actions en temps crise

Nul doute que personne ne s’attendait qu’un virus mette à terre les marchés financiers. Ce foutu Covid-19 a brisé un marché haussier d’une durée de plus de dix ans. L’élément le plus important à retenir est la fin du mythe du pouvoir éternel des banques centrales.

Le vent a tourné. D’un extrême à l’autre, nous sommes passé rapidement de l’euphorie à la peur. Le marché baissier est maintenant acté sur les principaux indices boursiers. La récession va pointer le bout de son nez. Pire encore, les cadavres qu’on avait enterrés renaissent de leurs cendres. Je me demande même si le coronavirus va nous entraîner au-delà d’une récession.

Après une baisse de plus de 30 %, j’entends fleurir que c’est maintenant la chasse aux bonnes affaires. Peut-être que oui ou non ? Le « Yes movement » prétend que la crise sera de courte durée. Les plus pessimistes vous diront que la phase terminale de la baisse est à mi-parcours.

 

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Source Portefeuille Zen et Rentable

 

 

Bien que cela n’engage que moi, mon petit doigt me dit qu’il y aura quelque chose d’impensable dans le commun des mortels. Malheureusement, elle est en marche. Le Covid-19 a provoqué une crise sanitaire qui s’est propagée dans l’économie puis à l’intérieur des marchés financiers. Il suffit que ces derniers sautent pour de bon. Retour à la case départ !

L’idée d’acheter des actions pendant une récession et au-delà ouvre une fenêtre de tir optimale pour les investisseurs de long terme à la Warren Buffett ou Peter Lynch. Encore faut-il s’armer de patience ? Avoir des points de repères pourrait grandement vous aider.

Le premier réflexe est de savoir comment se déroule un marché baissier alias le bear market en anglais.

 

Les 3 phases d’un bear market

Le bear market est quelque chose de difficile à accepter pour la plupart des investisseurs institutionnels. Pourtant, il est la nature-même de la Bourse. La bonne nouvelle est qu’il dure moins longtemps qu’un bull market. La mauvaise est sa brutalité dans un espace de temps court de l’ordre de quelques mois ou années.

L’espoir de s’accrocher sur quelques actions qui ne présentent pas de signes positifs à terme est dangereux dans ce contexte. Cela peut vous conduire à prendre de mauvaises décisions sous le coup de l’émotion.

Avec des fondamentaux macroéconomiques et microéconomiques qui vont s’empirer, il me semble que le marché baissier version Covid-19 présente les mêmes traits techniques que ceux observés par la crise Internet et des subprimes.

Prenons l’exemple du marché baissier suite à la crise des subprimes.

 

marché baissier subprimes

 

Vous noterez qu’il a duré environ un an et demi. Vous devez bien comprendre qu’il est dangereux d’acheter les creux de marché. D’où l’importance de connaître les différentes phases d’un bear market :

  • Les bear markets commencent par une chute violente et rapide.
  • Après la première vague de baisse, un rebond retrace une partie de celle-ci.
  • La baisse se poursuit jusqu’à ce que les derniers optimistes capitulent. Dans cette phase-là, la baisse peut avoisiner plus de 50 %.

Tant que vous entendez des « Time to buy now, La crise est bientôt finie, Les raisons de tenir bon à l’image de l’hebdomadaire Investir Les Echos » et des permabull qui persistent que les indices vont repartir de plus belle, mettez en léthargie vos investissements jusqu’à ce que l’état des marchés financiers se refroidisse et contentez-vous d’observer le bear market version coronavirus qui n’est qu’à ses débuts.

Cap sur le S&P 500

Fin du bull market

 

Si vous voulez savoir investir en actions à juste prix, surveillez impérativement le S&P 500. Pourquoi ?

Parce que c’est l’indice boursier qui regroupe les plus grandes capitalisations boursières mondiales avec en première ligne, les GAFAM : Alphabet, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

Parce que secteur par secteur, il regroupe des leaders mondiaux.

En unités hebdomadaires, le S&P 500 a défoncé à la baisse la ligne de tendance haussière qui datait de mars 2009. La tentative de pull back sur le trend s’avère être un rebond du chat. Côté indicateur technique, j’ai peaufiné le MACD sur des paramètres élevés pour réduire sa sensibilité aux variations brutales de l’indice américain. Le MACD (courbe bleue) croise à la baisse la MME 34 (courbe rouge). Nous avons donc deux signaux techniques négatifs.

Le fait que les courbes du MACD sont au-dessus de la ligne neutre est une fausse bonne impression, car c’est l’évolution graphique qui prime. Sur ce point, vous ne pouvez pas nier que la tendance de fond est maintenant baissière.

Pour enfoncer le couteau sous la plaie, rien de mieux qu’une flambée de news flow négatif tels que :

  • Des pays développés et émergents qui tombent dans la spirale de la récession.
  • Des suspensions ou réductions de dividendes à la pelle. Si vous êtes un investisseur qui possède des actions françaises, vous devez maudire l’État qui incite les entreprises à ne pas verser de dividendes à ses actionnaires. De quoi il se mêle ?
  • La fête des rachats d’actions est finie. Si cela n’engage que moi, il vaut mieux encadrer cette ingénierie financière.
  • Les entreprises voudront se désendetter et préserver leur trésorerie face à une perte sèche de leur chiffre d’affaire. Attendez-vous à des profit warning à la chaîne.
  • L’immobilier, le pan principal de l’économie, sera pris de plein de fouet.

Bien que je ne le souhaite pas de tout mon cœur, il se peut que les dégâts collatéraux de la crise du coronavirus soient plus dévastateurs qu’on le pense. L’idée d’une dépression n’est pas à exclure.

À présent, voici 4 indicateurs clés à suivre pour déterminer le bon moment pour acheter des actions en temps de crise.

 

Le Market Cap to GDP alias le Buffett Indicator

Comme son surnom l’indique, le Market Cap to GDP (Capitalisation boursière/PIB) est de loin le ratio de valorisation préféré de la légende boursière, Warren Buffett. Alors pourquoi il est mieux que les autres ?

Parce que le Market Cap représente l’indice Wilshire 5000. En effet, il est composé d’environ 3 500 capitalisations boursières de Wall Street. Suffisant pour faire une analyse plus représentative.

De plus, il permet de constater la déconnexion ou pas entre le marché actions et l’économie réelle. Si celui-ci dépasse largement 100 %, autant vous avertir que tous les indices de Wall Street sont survalorisés.

 

Buffet Indicator

 

Au 3 avril 2020, le Market Cap to GDP est à 113,8 %. Certes, il a baissé mais pas assez pour considérer que Wall Street soit à son juste prix. Disons-le franchement, il y en a encore du potentiel à la baisse.

Quand il est nettement au-dessus de sa moyenne (autour de 80 %) ou en situation de survalorisation, vous devez être sur vos gardes pour acheter des actions. L’espérance de rendement est faible. Les opportunités d’investissement se font rares. Adoptez une position pile ou face. Pile, vous ciblez vos choix d’investissements. Face, gardez des munitions en cas où.

Le château de cartes peut s’effondrer à tout moment comme en 2000, 2007 et probablement en 2020. Si vous avez le malheur d’acheter au pic, le retour à l’équilibre se compte sur plusieurs années.

 

Le Shiller PE

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Source Multpl.com

 

La majorité des investisseurs particuliers ne portent pas une grande attention sur le Shiller PE. Ils pensent que c’est un indicateur de valorisation appartenant au passé en raison de sa popularité lors de la bulle Internet. Sa faible corrélation avec la performance des actions sur une longue période est aussi un inconvénient.

Néanmoins, le Shiller PE est mille fois mieux que le PE pour valoriser le marché à long terme. D’une part, il prend en compte les BPA des dix dernières années des entreprises du S&P 500. D’autre part, l’inflation fait partie intégrante dans son mode de calcul. Ce qui permet de mesurer la valeur réelle du marché.

Sa moyenne arithmétique est de 16,7. Quand le Shiller PE dérive nettement de ses moyennes historiques avec plus de dix ans de bull market, il faut bien s’attendre un jour ou l’autre que le jeu ne vaut plus la chandelle. Acheter des actions en anticipation d’un début de récession est très dangereux.

Au 3 avril 2020, le Shiller PE est de 23,5, soit plus de 40 % au-dessus de sa moyenne. Vous aurez compris que le S&P 500 est hors de prix bien que vous ayez pu faire de bonnes affaires avant la fin du bull market.

 

L’Insider Buy/Sell ratio

L’insider Buy/Sell ratio vous donne l’occasion de savoir ce que font les dirigeants d’entreprises américaines de leurs propres titres. Leurs transactions sont rendues publiques en temps réel sur le site OpenInsider. Vous trouverez un graphique journalier du nombre de transactions à l’achat et à la vente. Sur GuruFocus, vous avez à disposition un graphique mensuel en histogramme pour mesurer réellement le rapport de force entre les acheteurs et les vendeurs chez les insiders.

Il n’est pas en soi un indicateur de sentiment de marché. Durant les marchés haussiers, les insiders ont tendance à vendre leurs actions. Ils le font pour des raisons qui leur sont propres ou n’ont rien à voir avec les fondamentaux intrinsèques de l’entreprise. Durant les marchés baissiers, les insiders ont la gâchette facile pour appuyer sur le bouton achat. Soyez conscient que ce sont les seuls personnes qui savent ce qui se passe à l’intérieur de l’entreprise.

Prenons l’exemple de la crise de la subprimes. Ce graphique vous servira de référence pour acheter des actions en période de récession et au-delà.

 

Achat insiders subprimes

Source OpenInsider

 

Lorsque la crise des battait son plein avec l’épilogue de la faillite de Lehman Brothers, les principaux marchés actions avaient déjà baissé de plus de 30 %. Leur effondrement s’est poursuivi. Mais dans ce moment de panique générale, les insiders interviennent avec un rapport de force en faveur des achats en octobre et novembre 2008 puis ils sont repartis à la chasse de février à mars 2009 dans une proportion moins élevée.

Si on prend maintenant le marché baissier version coronavirus, il semblerait que ce n’est que le début de la saison de la chasse.

 

Achat insiders coronavirus

Source OpenInsider

 

Tout au long de l’année 2019, les insiders étaient pressés de vendre une partie de leurs titres. Lorsque le coronavirus aurait un impact systémique sur l’économie réelle, ils étaient au rendez-vous à partir du 9 mars 2020. Est-ce un signe positif pour sauter sur l’occasion ?

Comme ce n’est que le début de la chasse, c’est à relativiser. Pourquoi ?

Parce que les achats concernent les entreprises des secteurs les plus massacrées en Bourse, en particulier celles qui interviennent directement ou indirectement dans le pétrole de schiste.

Personnellement, tant que je ne vois pas une vague d’achat sur les aristocrates et rois du dividende, rien ne presse. Comme la crise du coronavirus me semble authentique et plus dévastateur que celui des subprimes, préparez vos achats d’actions sur des points d’entrée dont personne n’avait envisagé auparavant.

 

AAII Sentiment

Dans l’histoire de la Bourse, les investisseurs particuliers sont les participants de marché les plus faciles à tondre. Ils viennent participer en dernier au bull market et baissent les armes à la fin du bear market.

Pour refléter cette caractéristique de la Bourse qui n’a jamais changé, je vous ai trouvé un indicateur de sentiment des investisseurs particuliers américains. Il s’agit de l’AAII Sentiment. Depuis 1987, l’Association Américaine des Investisseurs Individuels interroge chaque semaine leurs membres sur la perception actuelle des marchés. Ils doivent répondre par Bull (Haussier), Neutral (Neutre) ou Bear (Baissier).

Comme nous avons une grand probabilité de s’installer dans un grand bear market, mieux guettez le pourcentage de Bear. Apparemment au 1er avril 2020, une frange d’investisseurs particuliers persistent dans l’optimisme autour de 34,2 %. Ceux qui sont hésitants sont à 16 %. 49,7 % demeurent négatifs.

Si je devais me positionner à l’achat sur les actions en période de récession, j’attends de voir des niveaux extrêmes chez les Bear. Le record historique est de 70,3 % le 5 mars 2009. Les suivants sont 67 % le 19 octobre 1990, 61 % le 31 août 1990 et 60,84 % le 09 octobre 2008. Comme par hasard, les 70,3 % coïncidait au point bas du S&P 500 du 6 mars 2009.

 

Acheter des actions en période de récession, c’est savoir anticiper le pire

La seule chose rassurante est que la récession ou la dépression ont toujours une fin. Tout le monde espère qu’on va en finir rapidement. J’ai bien peur que les dégâts collatéraux de la crise du coronavirus vont laisser des traces. D’une part, la confiance est sapée. Ce qui entraînera des changements radicaux de consommation et dans la façon de faire du business. D’autre part, le mythe des banques centrales qui arrivaient à la rescousse à la moindre baisse des marchés est révolu.

Les marchés financiers ont heureusement leur propre vie. Pour sortir gagnant des crises, l’erreur serait de rester les bras croisés en attendant que tout s’arrange. Par moment, vous devez mettre de côté votre éthique. Les marchés financiers ont cette fâcheuse tendance à anticiper le pire.

Du coup, ne vaudrait-il pas mieux profiter des malheurs des autres pour initier à bon compte des positions sur vos actions favorites ?

Le tweet de la trader entrepreuse Laëtitia Bonaventure devrait vous interpeller. Il vaut mieux qu’un long discours. Les marchés financiers ne vont pas attendre le pire des statistiques économiques pour confirmer la récession.

 

 

Cela étant dit, je n’irais pas au stade de la cupidité. Si je devais être politiquement correct, commencez à suivre l’actualité des entreprises cotées qui vous intéressent le plus. N’oubliez pas de garder dans le radar les 4 indicateurs clés que je vous ai citées. J’ai une préférence pour le Buffett Indicator, mais rien ne vous empêche de les combiner comme bon vous semble. Pour le moment, Wall Street est chèrement valorisé. Tout ne plaide pas pour acheter des actions à bon compte.

Les supports historiques à l’épreuve

L’analyse technique est un outil qui vous rendra un fier service pour analyser les cycles de marché. Dans un bear market qui n’est qu’au commencement à Wall Street via le S&P 500, l’heure est à l’observation. Le CAC 40 et consorts ne feront que suivre à la baisse.

Je sais que beaucoup d’entre vous écoutent les analystes de marché et les traders. Sans citer leurs noms, ils estiment qu’il y a des points d’entrée pour le long terme sur les récents points bas. En ce qui me concerne, je vois bien nos amis algorithmiques faire péter les indices encore plus bas vers des supports historiques qui étaient impensables il y a quelques années comme :

  • La zone des 1 500-1 800 points sur le S&P 500
  • La zone autour des 3 000-3 300 points sur le CAC 40

Surveillez le cours de l’or

Je ne pouvais pas terminer cet article par ma classe d’actifs favorite. Face à l’orgie monétaire des banques centrales pour colmater les dégâts collatéraux du coronavirus, acheter des actions en période de récession ou dépression passera par l’or.

Je fais le pari qu’on va prendre plein de fouet cette orgie monétaire. Il y a de grandes chances d’avoir une inflation plus élevée aux objectifs des banques centrales, donc une dépréciation de la valeur des monnaies papiers et une perte de pouvoir d’achat. Évidemment, elles préviendront uniquement la partie invisible des marchés financiers.

L’or a tout sa place dans ce contexte. Il est la monnaie de personne. Si c’est dans vos cordes, pensez à faire vos emplettes sur la partie physique via les pièces d’or (20 Francs Napoléon, Souverain, 20 Francs Vreneli, Krugerrand) qui sont moins assujetties à la falsification.

Comme il représente même pas 1 % de l’allocation financière mondiale, le potentiel est immense. Vous pouvez le faire à travers :

  • Les actions aurifères : Newmont Mining, Agnico Eagle Mines, Kinross Gold, Kirkland Gold, etc.
  • Les société de royalties et streaming : Franco-Nevada, Royal Gold, Wheaton Precious Metals, Osisko Gold Royalties, Sandstorm Gold
  • Les ETFs aurifères : le GDX pour les big caps aurifères, le GDXJ pour les mid & small caps aurifères
  • Les ETFs physiques : le GLD, le PHYS, le IAU, le GBS (Attention, ils ne sont pas tous égaux en volume)

S’il dépasse des seuils clés historiques comme les 1 900 dollars, ce sera risk off sur les actions puis progressivement le stock picking retrouvera ses vertus.

 

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